THERESE RAQUIN: LA FIN (chapitre 32)

THERESE RAQUIN: LA FIN (chapitre 32)

On voit Thérèse raquin à la fin de l'oeuvre au chapitre 32.

Thérèse Raquin est un roman publié en 1867 par Emile Zola, avant le vaste projet des Rougon-Macquart. Toutefois, la préface annonce les enjeux de ce qui sera le Naturalisme tel qu’il sera défini lors des soirées de Médan. Dans ce roman, Thérèse et son amant Laurent tuent Camille, le mari gênant. Mais après cet assassinat, ils ne se supportent plus, rongés par la culpabilité et le remord.

Cet extrait est le dénouement du roman, au chapitre 32.

Problématique : comment cette fin tragique satisfait-elle la morale ?

Thérèse Raquin: la fin  (chapitre 32), le texte

Il enleva la carafe des mains de sa femme et remplit un verre d’eau. Puis, se tournant à demi, il y vida le petit flacon de grès, en y mettant un morceau de sucre. Pendant ce temps, Thérèse s’était accroupie devant le buffet ; elle avait pris le couteau de cuisine et cherchait à le glisser dans une des grandes poches qui pendaient à sa ceinture.

À ce moment, cette sensation étrange qui prévient de l’approche d’un danger, fit tourner la tête aux époux, d’un mouvement instinctif. Ils se regardèrent. Thérèse vit le flacon dans les mains de Laurent, et Laurent aperçut l’éclair blanc du couteau qui luisait entre les plis de la jupe de Thérèse. Ils s’examinèrent ainsi pendant quelques secondes, muets et froids, le mari près de la table, la femme pliée devant le buffet. Ils comprenaient. Chacun d’eux resta glacé en retrouvant sa propre pensée chez son complice. En lisant mutuellement leur secret dessein sur leur visage bouleversé, ils se firent pitié et horreur.

Madame Raquin, sentant que le dénouement était proche, les regardait avec des yeux fixes et aigus.

Et brusquement Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots. Une crise suprême les brisa, les jeta dans les bras l’un de l’autre, faibles comme des enfants. Il leur sembla que quelque chose de doux et d’attendri s’éveillait dans leur poitrine. Ils pleurèrent, sans parler, songeant à la vie de boue qu’ils avaient menée et qu’ils mèneraient encore, s’ils étaient assez lâches pour vivre.

Alors, au souvenir du passé, ils se sentirent tellement las et écœurés d’eux-mêmes, qu’ils éprouvèrent un besoin immense de repos, de néant. Ils échangèrent un dernier regard, un regard de remerciement, en face du couteau et du verre de poison. Thérèse prit le verre, le vida à moitié et le tendit à Laurent qui l’acheva d’un trait. Ce fut un éclair. Ils tombèrent l’un sur l’autre, foudroyés, trouvant enfin une consolation dans la mort. La bouche de la jeune femme alla heurter, sur le cou de son mari, la cicatrice qu’avaient laissée les dents de Camille.

Les cadavres restèrent toute la nuit sur le carreau de la salle à manger, tordus, vautrés, éclairés de lueurs jaunâtres par les clartés de la lampe que l’abat-jour jetait sur eux. Et, pendant près de douze heures, jusqu’au lendemain vers midi, madame Raquin, roide et muette, les contempla à ses pieds, ne pouvant se rassasier les yeux, les écrasant de regards lourds.

Thérèse Raquin, Emile Zola, chapitre 32. (1867)

I)Une dernière lutte

A/Deux tempéraments confrontés l’un à l’autre

  • D’abord, on note un antagonisme « chacun »
  • Puis une simultanéité de la tentative d’assassinat du complice : « pendant ce temps » (adverbe)
  • Ensuite ce sont e deux êtres naturalistes : Zola se propose de montrer des tempéraments « mouvement instinctif »
  • Enfin « cette sensation étrange qui prévient du danger » (proposition subordonnée relative ) : animalité de deux personnages sensoriels.

B/ La réciprocité

  • D’abord on relève le chiasme : « Thérèse vit le flacon dans les mains de Laurent et Laurent aperçut l’éclair blanc du couteau » : réciprocité de la violence.
  • Ensuite l’emploi du pluriel qui englobe les deux projets de meurtre « ils »
  • Puis l’usage de l’adverbe « mutuellement »
  • Enfin: « en retrouvant sa propre pensée chez son complice » : vocabulaire de la possession. Les deux meurtriers ont le même projet et s’en aperçoivent.

II)La communion dans la mort

A/ La faiblesse et le dégoût

  • D’abord, on relève: « dans les bras l’un de l’autre » : complément circonstanciel de lieu. On constate la même faiblesse chez les deux personnages.
  • Puis, la faiblesse de Thérèse et de Laurent « faibles comme des enfants » : les retrouvailles de ce couple déchiré depuis la mort de Camille se fait dans un moment de relâchement.
  • Ensuite: « qu’ils avaient menée et qu’ils mèneraient encore s’ils étaient assez lâches… » : parallélisme de construction  montre le passé trouble et la  conditionnelle (« s’il étaient… ») illustre la peur de faiblir face à la mort.
  • Finalement, on relève un vocabulaire du dégoût : « las, écoeurés d’eux-mêmes, vie de boue ».

B/La mort : le repos ultime

  • « une consolation dans la mort » : paradoxe. Ces deux êtres rongés par le remord d’avoir tué Camille ne trouvent la paix que dans la mort qui met un terme à leur folie.
  • Puis la force et la violence qui s’expriment depuis des mois pendant les scènes de violence conjugale s’arrêtent brusquement : « une crise suprême les brisa, les jeta » : ils deviennent tout à coup objets, passifs. Les verbes d’action semblent prendre le pouvoir sur ces deux meurtriers épuisés de lutter.
  • Ensuite, « la bouche de la jeune femme alla heurter , sur le cou de son mari, la cicatrice qu’avaient laissé les dents de Camille » : la symbolique de cette cicatrice, la trace du meurtre de Camille traverse l’œuvre. Thérèse refuse de toucher celle-ci alors qu’elle brûle Laurent. Cet acte final montre que la mort seule peut les libérer du crime.

C/Une communion dans la mort

  • Ainsi, on observe la communion dans la mort : « ils échangèrent », le vocabulaire de la transaction montre qu’ils renouent au moment de mourir, eux qui ont été séparés par le meurtre de Camille.
  • « un dernier regard, un regard de remerciement » : la répétition du mot regard montre que l’échange, la communion passe par les échanges de regard alors qu’ils ont échangé des mots terribles pendant des mois.
  • « ils tombèrent l’un sur l’autre, foudroyés » : la communion est physique, eux qui ne pouvaient plus se toucher depuis le meurtre. On constate ici toute l’ironie tragique de la situation.

III)Une fin tragique

A/Deux êtres tragiques

  • Ils se firent pitié et horreur » : catharsis. Comme dans la tragédie antique et classique, la scène a une vocation morale pour le lecteur/spectateur. En effet, les erreurs des héros sont exemplaires.
  • Puis, on relève un champ lexical de la mort : « couteau, poison, mort, néant ». La mort est l’issue annoncée dès l’incipit.
  • De plus, le destin semble dominer ces deux êtres. La fatalité a décidé pour eux : « leur secret dessein ».
  • Finalement, ils sont pathétiques. Or nous savons que le registre tragique et le registre pathétique vont souvent de pair : « Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots ».

B/La vengeance sous les yeux de la spectatrice

  • vocabulaire du regard : « contempla, yeux, regards lourds ». Mme Raquin aphasique et paralysée ne peut détacher son regard des corps morts des assassins de son fils, Camille.
  • Mme Raquin comporte les caractéristiques du spectateur de théâtre : immobile, silencieuse et définie par son regard : « roide et muette ». (adjectifs qualificatifs qui la désignent). Cette mort venge le meurtre de son fils.
  • deux corps sur les planches du théâtre : lumière éclaire les deux corps sans vie « les cadavres restèrent toute la nuit sur le carreau de la salle à manger, tordus, vautrés, éclairés de lueurs jaunâtres » : les deux acteurs de la mort de son fils gisent à ses pieds. Morts, ils sont éclairés par une lumière sale à l’image de leur vie de boue.

Pour aller plus loin:

résumé de l’oeuvre Thérèse raquin

biographie d’Emile Zola

Incipit de L’Oeuvre (chapitre 1)

La nuit de noces (chapitre 21)

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