Phèdre acte 1 scène 3

Phèdre acte 1 scène 3. Cette tragédie, écrite par Jean Racine en 1677, s’inscrit dans la tradition classique.L’héroïne éponyme, Phèdre, entre sur scène alors que depuis plusieurs jours elle semble être très malade. Sa servante, Oenone, avec laquelle elle a développé une grande complicité, lui fait avouer les raisons de ce désespoir profond.

On voit Phèdre acte 1 scène 2 qui est malheureuse et qui raconte à Oenone son amour interdit pour Hippolyte, son beau-fils.

Problématique: Il s’agira d’étudier en quoi l’aveu de Phèdre donne à l’héroïne toute sa dimension tragique.

PHÈDRE

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée

Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;

Athènes me montra mon superbe ennemi :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler :

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,

D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !

Par des vœux assidus je crus les détourner :

Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;

De victimes moi-même à toute heure entourée,

Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :

D’un incurable amour remèdes impuissants !

En vain sur les autels ma main brûlait l’encens !

Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,

J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,

Même au pied des autels que je faisais fumer,

J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer./

Je l’évitais partout. Ô comble de misère !

Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.

Contre moi-même enfin j’osai me révolter :

J’excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,

J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;

Je pressai son exil ; et mes cris éternels

L’arrachèrent du sein et des bras paternels.

Je respirais, Œnone ; et, depuis son absence,

Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence :

Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,

De son fatal hymen je cultivais les fruits.

Vaines précautions ! Cruelle destinée !

Par mon époux lui-même à Trézène amenée,

J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.

J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;

J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ;

Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,

Et dérober au jour une flamme si noire :

Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats :

Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas.

Pourvu que, de ma mort respectant les approches,

Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,

Et que tes vains secours cessent de rappeler

Un reste de chaleur tout prêt à s’exhaler.

Extrait de Phèdre acte 1 scène 3, Racine, 1677.

I)Un amour impossible

A/Le récit de Phèdre à Oenone

  • Tout d’abord ce passage est un extrait de dialogue entre Phèdre et sa servante (et non un monologue, Oenone est là, qui l’écoute.)
  • De plus, le récit est effectué selon la versification classique: en alexandrins à rimes plates.
  • Dès lors, Phèdre fait le récit de son coup de foudre à Oenone. Ainsi, elle utilise les temps du récit tels que le plus-que-parfait (« je m’étais engagée »), l’imparfait « semblait » et le passé simple « montra ».
  • Enfin, ce récit est connoté de manière négative avec l’emploi de la métaphore de la souffrance “mon mal vient de plus loin”.

B/Une femme (désespérément) amoureuse

  • Mais cet amour paraît impossible car elle est alors mariée à Thésée, en témoigne la périphrase classique pour désigner le mariage “sous les lois de l’hymen, je m’étais engagée”.
  • Puis, Phèdre développe une métaphore classique, celle des feux de l’amour: “feux redoutables”.
  • Ensuite, Phèdre relate le moment où elle tombe amoureuse. Dans cet instant crucial, tout passe par le regard, comme dans toute scène stéréotypée de rencontre amoureuse: “vis, yeux, est répété, voyant”

c/Rejet d’une irrésistible attirance

  • D’abord, Phèdre tente de résister à cet amour interdit pour le fils de son mari. En effet, au début de ses aveux, nous pouvons constater qu’elle évite de prononcer son nom et utilise des périphrases pour le désigner: “mon superbe ennemi”.
  • Ensuite, l’héroïne fait le récit d’un coup de foudre. En effet, son corps semble frappé par des émotions contraires. Par exemple, l’antithèse (“rougis”, “pâlis”) mêlée au chiasme : “je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue“.
  • De même, elle ressent des sensations contradictoires: “je sentis tout mon corps et transir et brûler”, en témoigne donc la polysyndète.
  • Enfin, Phèdre est sous l’emprise d’Hippolyte comme on tombe sous l’adoration d’un dieu. Effectivement, elle emploie tout un champ lexical de l’adoration (amour que l’on voue à un dieu): “adorais, dieu”.

II)Une héroïne tragique

A/Une tentative de lutte

  • Ensuite, Phèdre essaie de résister à cet amour de plusieurs manières: elle essaie de s’attirer les grâces des dieux, elle l’évite mais aussi elle le fait exiler. Ainsi, un champ lexical de l’exil est développé: “banni, exil, persécuter, absence”.
  • De même, elle développe une métonymie: “l’arrachèrent du sein et des bras paternels”. Elle donne ainsi une représentation plus violente et plus pathétique de ce déchirement familial.

B/Un destin non souhaité

  • Tout d’abord, Phèdre comprend très vite que cette passion est causée par sa malédiction. Comme sa mère et comme sa soeur, elle a été maudite par les dieux. Elle reconnaît donc la marque de Vénus dans cet amour impossible, comme le montrent les deux vers : “Je reconnus Vénus et ses feux redoutables”/ “d’un sang qu’elle poursuit, tourments inévitables”. La diérèse sur “poursuit” met en relief la malédiction qui pèse sur elle comme sur sa famille.
  • Dès lors, Phèdre emploie tout un champ lexical de la religion car elle tente de trouver grâce auprès de la déesse: “temple, orner, autels, encens”. Mais cette tentative est vaine, pendant qu’elle prie Vénus, ses pensées sont tournées vers Hippolyte.

C/Une annonce de la mort de Phèdre ?

  • Tout d’abord, l’héroïne utilise un champ lexical de la blessure: “ennemi, blessure, saigné, proie”. Ainsi, Phèdre paraît perdue dès lors que son propre époux la remet en présence d’Hippolyte.
  • Effectivement, le vocabulaire utilisé par Phèdre est celui du destin malheureux: “fatal hymen”, “cruelle destinée“. Or, la tragédie classique termine de manière malheureuse pour les héros, il semble donc bien que Phèdre, dès sa première apparition annonce une mort certaine.

Phèdre acte 1 scène 3. Conclusion

Ainsi, cet aveu de Phèdre à sa servante et confidente Oenone, permet à la fois d’informer le spectateur, dans la continuité de la scène d’exposition de l’intrigue qui se joue et de révéler les sentiments les plus intimes de Phèdre. En outre, l’héroïne apparaît comme une héroïne tragique car elle ne semble pas pouvoir lutter contre la volonté de Vénus.

Pour aller plus loin:

-Le résumé de Phèdre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.