CORRESPONDANCES BAUDELAIRE

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Le poème symboliste “Correspondances” de Charles Baudelaire s’inscrit dans la section intitulée “Spleen et idéal” des Fleurs du mal, recueil paru en 1857. Le poète y développe la théorie du philosophe suédois Swedenborg. Selon celui-ci, le monde est un écho à la vie divine. Le monde matériel trouve un écho dans le monde immatériel. De même le monde visible trouve une résonance dans le monde invisible. Or, le poète ne retient que l’aspect esthétique de la théorie philosophique du Suédois. Cette harmonie parfaite transparaît dans la synesthésie dont Baudelaire a fait l’expérience à travers les paradis artificiels, le haschich en particulier.

On voit les correspondances entre la nature de Baudelaire, les arbres et l'homme.

Correspondances Baudelaire

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, 
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire, 1857.

Dès lors, comment le voyage sensoriel du poète lui permet-il d’accéder à une harmonie supérieure?

1.Correspondances Baudelaire, un sonnet sensoriel

A/ Un poète déchiffreur des correspondances

  • Seul le poète semble capable de comprendre le monde et cette harmonie cachée. La rime “confuses paroles/ symboles” montre que l’homme est perdu.
  • Cette harmonie qui ne peut être saisie par l’intelligence, relève en fait des sens, selon la comparaison: “comme de longs échos…”
  • Ainsi, nous constatons une forme d’osmose sonore dès les premiers vers du poème, par exemple l’allitération en -t dans les deux premiers vers.
  • L’humain, habitué à observer, ne parvient pas à percevoir cette unité entre lui-même et la nature, comme le montre l’antithèse “dans une ténébreuse et profonde unité”.
  • D’ailleurs, la nature paraît personnifiée: “paroles, regards familiers”. Finalement, l’homme semble être l’objet du regard de la nature.

B/ Les correspondances: une harmonie sensorielle

  • La synesthésie, c’est-à-dire la figure qui consiste à mêler des sens différents, est utilisée par Baudelaire pour mettre en évidence les correspondances les différents sens. Par exemple, dans l’énumération “les parfums, les couleurs et les sons se répondent”.
  • De plus, “frais et doux” renvoient au toucher, “chairs d’enfants” réfère à la couleur et les “hautbois” à l’ouïe.
  • Par ailleurs, l’usage de l’adjectif “corrompus” renvoie à l’ambivalence du titre du recueil, Les Fleurs du mal.
  • En outre, le lexique des fragrances est particulièrement présent dans ce sonnet: “parfums, ambre, musc, benjoin, encens”. D’ailleurs cette présence du parfum est renforcée par la diérèse sur “expansi-ion”.

Finalement, les sens sont transportés par cette harmonie avec la nature, il n’en demeure pas moins que l’esprit est mis à contribution.

2. L’exigence intellectuelle requise par les correspondances

A/ Les échos entre le corps et l’esprit

  • Si “Les correspondances” de Baudelaire prend, apparemment, la forme régulière du sonnet, il se libère pourtant des carcans traditionnels. Ainsi, les deux tercets forment un quatrain à rimes croisées suivi d’un distique à rimes plates.
  • D’ailleurs cette volonté de former des jeux d’échos sonores est renforcé par les formules binaires “comme la nuit et comme la clarté” ou ternaires “corrompus, riches et triomphants”.
  • Ainsi, ces jeux d’échos tels que “l’esprit et les sens” renforcent l’union des sens (le corps) et de l’intellect.

B/ Un sonnet progressif

  • Le premier quatrain expose la thèse: l’homme erre dans la nature sans percevoir l’harmonie sous-jacente.
  • Puis le deuxième quatrain montre un exemple de cette unité: les sens.
  • Enfin, les sonnets montrent en entrant davantage dans le détail les aspects de cette vaste unité invisible.
  • En outre, Baudelaire sacralise cette nature, comme le montre l’usage de la majuscule. Cette allégorie associée au présent de vérité générale permet d’exposer son idée. Celle-ci est reprise avec la métaphore du temple.

Ainsi, il faut savoir interpréter les messages adressés par la Nature, lire les symboles, cela est possible comme le suggère le mot “familiers”. Ce sonnet s’inscrit donc dans la mouvance poétique du symbolisme.

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