La princesse de Clèves portrait de Mlle de Chartres

On voit la princesse de Clèves, le portrait de Mlle de Chartres interprétée par Marina Vlady dans le film de Jean Delannoy.

La princesse de Clèves portrait de Mlle de Chartres

Donc La princesse de Clèves portrait de Mlle de Chartres. Tout d’abord, La Princesse de Clèves est un roman publié anonymement par Mme de La Fayette en 1678. En effet, elle y reprend et développe les grands thèmes esquissés en 1662 dans La Princesse de Montpensier. Ainsi, après un tableau de la cour des Valois, la romancière se livre au portrait de la jeune fille âgée de 16 ans a reçu une éducation prodiguée par sa mère, Mme de Chartres. D’ailleurs, la description de l’héroïne est sublimée.

Problématique: en quoi ce portrait de Mlle de Chartres est-il révélateur de la préciosité?

Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l’avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner : Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable, pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité ; les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d’une honnête femme, et combien la vertu donnait d’éclat et d’élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance ; mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’une femme, qui est d’aimer son mari et d’en être aimée.

Cette héritière était alors un des grands partis qu’il y eût en France ; et, quoiqu’elle fût dans une extrême jeunesse, l’on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille. La voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu’elle arriva, le vidame alla au-devant d’elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison : la blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.

I)Portrait de Mlle de Chartres: une beauté précieuse

A/ Un portrait physique idéal

  • D’abord, il s’agit d’un portrait progressif qui dévoile progressivement l’identité de l’héroïne : « beauté à la cour ». Puis « elle était de la même maison que le vidame de Chartres ». Ensuite sa mère est désignée par « Mme de Chartres ». Puis « cette héritière ». Finalement « mademoiselle de Chartres ».
  • Ensuite, l’usage de l’imparfait « lui donnaient » et Champ lexical du corps « teint, cheveux, traits, visage »  et adjectifs qualificatifs « blonds ». De plus, le portrait en médaillon d’une aristocrate. Ainsi, la blancheur du teint et la blondeur.
  • Puis, la répétition de la beauté / dérivation « beauté » (l.1-2) et « belles ».
  • Enfin l’idéalisation « beauté parfaite » : adjectif mélioratif

B/ La famille de Chartres : un idéal moral

  • D’abord, le superlatif pour évoquer sa naissance : « une des plus grandes héritières de France ». La jeune fille appartient à une famille éminente.
  • Puis la brièveté de la phrase, allusive (S/V/C) : « son père était mort jeune » : contrairement aux autres jeunes filles de son époque, Mlle de Chartres est éduquée par une femme, par sa mère.
  • Ensuite l’énumération ou accumulation pour désigner qualités morales précieuses de Mme de Chartres, sa mère : « le bien, la vertu et le mérite ». Donc la jeune fille est élevée selon un idéal moral de la préciosité.
  • Enfin les qualités morales de sa mère sont renforcées par son retrait lors du deuil : « elle avait passé plusieurs années… ». Effectivement ce résumé permet d’accélérer le récit et qui montre que Mme de Chartres fait figure d’épouse modèle en se tenant loin des divertissements de cour.

II) Une éducation précieuse

A/ Une éducation galante

  • En premier lieu, vocabulaire de l’éducation : « éducation, cultiver » (par opposition au reste des femmes de l’époque qui bien souvent sont maintenues dans un état de minorité par rapport au père puis au mari.)
  • De plus, la généralisation (pluriel) et antithèse. Ainsi Mme de Chartres est en opposition avec les mères de son époque« la plupart (…) opposée ».
  • En outre, le discours rapporté indirect de Mme de Chartres. Effectivement, l’ idéal de l’honnête femme c’est-à-dire celle qui est conduite par la recherche du bien et de l’équilibre Au contraire, les passions mènent à la démesure.
  • En dernier lieu, la recherche d’un amour correspondant à l’amour précieux décrit dans la Carte du Tendre : chiasme « d’aimer son mari et d’en être aimée ».

B/ Le danger des passions

  • D’abord, l’allitération en [p] pour montrer le paradoxe de la passion : aspect séduisant mais renferme des dangers (cf la double étymologie) : « elle lui montrait (…)dangereux ». Dès lors, la mère inculque la méfiance concernant la passion.
  • Ensuite, la gradation apparaît comme une mise en garde face à l’attitude des hommes : « peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité » : danger de la passion.
  • Puis, la négation : « mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la vertu ». Ainsi, l’ idéal vertueux du XVIIème siècle (un idéal opposé à la démesure des passions)
  • Pour terminer, la répétition du mot « vertu » : idéal moral au sein du foyer.

Finalement, ce portrait de l’héroïne, Mlle de Chartres, révèle les valeurs féministes inculquées par sa mère. En outre, il témoigne de la pensée en vigueur pendant la préciosité. Ainsi, cette jeune femme a été élevée en apprenant l’existence de la passion mais sa mère l’a mise en garde sur les dangers qu’elle renferme, selon toute la pensée du siècle classique concernant cette question. Donc, le texte n’est pas sans renfermer une forme de paradoxe sur le traitement des passions. (question centrale dans l’oeuvre)

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