PRINCESSE DE MONTPENSIER ET HISTOIRE

Princesse de Montpensier et histoire renvoie aux guerres de religion de l'époque.

Princesse de Montpensier et histoire: Mme de Lafayette, suit les recommandations de Segrais et renouvelle le fait littéraire. Ainsi elle écrit une nouvelle historique inspirée non de l’Antiquité mais de l’histoire du siècle précédent. Pour ce faire, elle lit plusieurs ouvrages :
L’Histoire de France depuis Faramond de François de Mézeray (1646) , L’Histoire des guerres civiles de France de l’historien italien Enrico Davila (traduction française 1644) et une biographie du duc de Montpensier. Bertrand Tavernier, quant à lui, lorsqu’il décide d’adapter la nouvelle et d’en proposer sa lecture, interroge les historiens. Il choisit Didier Le Fur comme conseiller historique pour son film qui met en scène des personnages du XVIème siècle. Mme de Lafayette et Bertrand Tavernier accordent-ils la même place à l’histoire dans leurs oeuvres respectives?

I) Princesse de Montpensier et histoire: Une nouvelle et un film historiques

A/L’histoire comme toile de fond

DANS LA NOUVELLE TOUT D’ABORD

D’abord, les personnages évoluent dans un contexte fortement marqué par la grande Histoire dans la nouvelle et dans le film :

  • L’ouverture : L’incipit de la nouvelle comme celui du film de Tavernier créent un lien entre l’intrigue et l’histoire collective. Ainsi, le début de la nouvelle :

« Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX »

De même le film s’ouvre sur un carton :

« Automne 1567 – la paix entre catholiques et huguenots durait depuis près d’un an lorsque la guerre reprit avec la soudaineté d’un feu de broussailles mal éteint. »)

Suit un plan séquence de 40 secondes. Effectivement Tavernier fait un gros plan sur des cadavres anonymes avant d’élargir sur le champ de bataille.

  • Les faits: Les événements de la nouvelle, comme ceux du film prennent se développent dans les vides de l’Histoire. Ainsi, les deux fictions se déploient entre deux guerres qui écartent les nobles de leurs terres et de leur femme :

-La préparation puis la célébration du mariage de l’héroïne a lieu entre les deux premières guerres de Religion.

-C’est pendant la seconde guerre civile que Chabannes, chargé de l’éducation de la Princesse, tombe amoureux d’elle.

– Le prince rentre chez lui deux ans après son mariage après la signature du traité de Longjumeau

« tout couvert de la gloire qu’il avait acquise au siège de Paris et à la bataille de St Denis »

Mais la guerre reprend :

« par le dessein qu’eut le roi de faire arrêter à Noyer le prince de Condé et l’amiral de Châtillon »

– De plus, au cours de la trêve de la troisième guerre de Religion, le prince de Montpensier rentre chez lui et Guise ainsi qu’ Anjou, revenant à Loches d’où ils visitent et font fortifier « toutes les places pouvant être attaquées » ( comme l’indique le texte de Mme de Lafayette), découvrent la princesse. (voir la scène de la barque) Ils succombent alors à son charme.

– Ensuite, comme en témoigne la nouvelle, en raison du déplacement de la guerre vers Champigny la princesse revient à Paris où elle retrouve le duc de Guise et le duc d’Anjou car la paix a été signée. (voir la scène du bal)

-Enfin pendant le massacre de la St Barthélémy ( 23-24 août 1572) Chabannes est assassiné.

PUIS DANS LE FILM

Le film crée une concentration des faits historiques :

  • ainsi, Montpensier ne rentre qu’une fois chez lui, au terme de la seconde guerre de religion, et c’est à ce moment (le lendemain du retour du duc) qu’Anjou et Guise font la rencontre de Marie sur sa barque.
  • Par la suite, la bataille de Jarnac (1569) motive le départ précipité de Montpensier dans le film et contribue à le séparer de sa femme. C’est dans ce contexte qu’il va faire appel aux services de Chabannes et lui demander de le rejoindre. Ce n’est que la paix signée que Montpensier demandera à son épouse de venir habiter Paris.
  • Les événements historiques agissent sur l’évolution decertains personnages : la mort de Chabannes est liée aux guerres de religion, de même que la gloire de Guise acquise sur le champ de bataille.
  • L’histoire sociale est aussi employée par le réalisateur pour justifier l’attitude de certains protagonistes. C’est le meurtre d’une femme enceinte qui motive le retrait de Chabannes de la guerre et sa désertion du camp protestant ( alors que la nouvelle justifie ce retrait par l’amitié qui le lie au Prince de Montpensier). La motivation de Chabannes qui paraît compréhensible aux spectateurs d’aujourd’hui trouve sa logique également sur le plan historique.

2) Une reconstitution donnée à voir dans un film contemporain (donc distancié des événements historiques)


Si Mme de Lafayette traite ses personnages selon les codes de bienséance du siècle classique, le réalisateur s’attache à l’histoire personnelle.

  • Mme de Lafayette selon l’économie des moyens de la nouvelle, propose des personnages réduits à leur beauté et à une ou deux qualités.
  • Or Tavernier est contraint par les images cinématographiques à donner vie à ses personnages. De plus, le spectateur du XXème siècle n’est pas informé des moeurs du XVIème siècle. Le cinéaste doit donc prendre en compte les mœurs de l’époque dans laquelle ils évoluent pour les représenter. Ainsi, alors que la nouvelliste évoque le mariage de Melle de Mézières en une phrase, Tavernier met en scène ce mariage et la nuit de noces. Cet épisode est une référence à une pratique de la noblesse au XVIe siècle. La nuit de noces était publique afin de s’assurer que le mariage était bien consommé.
  • Pour Tavernier il est nécessaire d’être fidèle à une époque plus qu’aux représentations figées que l’on peut avoir de celle-ci, quitte à surprendre le spectateur. Dans son souci de fidélité historique, Tavernier refuse de faire un film dans la tradition des grandes reconstitutions historiques. Le vraisemblable est construit dans le respect de l’histoire sociale. Il y a ainsi des artisans à l’arrière plan qui donnent au château de Mézières toute leur réalité socio-historique. En outre, Didier Le Fur, conseiller historique de Tavernier explique qu’au XVIème siècle, les hommes engagés dans les batailles ne portaient pas d’uniforme et disposaient, au mieux, d’un signe distinctif Il arrivait ainsi que l’on tue ceux de son camp. On le constate dans les scènes de combat entre catholiques et protestants.

3) Transgression historique et narration fictionnelle

Au contraire, la nouvelliste fait en sorte que la fiction influe sur l’Histoire. Ainsi, la nouvelle explique la rivalité du duc d’Anjou et de la famille royale à l’égard du duc de Guise. Elle nait de la rivalité entre Guise et Anjou à propos de la Princesse de Montpensier. D’ailleurs, Mme de Lafayette évoque l’assassinat du duc de Guise, postérieur à l’époque à laquelle se déroule la nouvelle. Cet assassinat apparaît comme une conséquence directe de l’affront fait par Guise à Anjou en ayant courtisé la Princesse :

« un désir de vengeance qu’il travailla toute sa vie à satisfaire » ; «souvenez-vous que la perte de votre vie sera peut-être la moindre chose dont je punirai quelque jour votre témérité. » (Anjou à Guise).

Par ailleurs, le renoncement au projet de mariage entre Marguerite de Valois, fille d’Henri II et Catherine de Médicis, et Guise est présentée par Mme de Lafayette comme un sacrifice fait par Guise à la Princesse de Montpensier. Marguerite épousele roi de Navarre Henri de Bourbon. C’est un prince protestant, futur Henri IV (celui que dans le film de Tavernier, on appelle « le Navarrais » ou « le mangeur d’ail ») pour consolider la paix entre catholiques et protestants.

Tavernier s’arrange donc avec des anachronismes pour assurer la dynamique cinématographique. Il peut aussi inventer, tout en restant fidèle à l’esprit de l’époque. Le château de Champigny tel qu’il existait au XVIème siècle n’existe plus Alors Tavernier trouve un autre château renaissance qu’il baptise d’un nom inventé,Mont-sur-Brac, car Champigny est trop connu. Ainsi, chez Mme de Lafayette comme chez Tavernier, les hérésies historiques visent à renforcer les liens entre l’Histoire et la fiction. Ils permettent également d’ assurer pour le lecteur ou le spectateur la vraisemblance de la narration.

II) Princesse de Montpensier et histoire: Deux rapports à l’Histoire

1) Princesse de Montpensier et histoire: Une nouvelle historique

Mme de Lafayette utilise l’histoire collective pour favoriser la vraisemblance . Les lieux et épisodes historiques viennent donner une crédibilité à la narration. Cette exigence correspond aux attentes du classicisme. Mme de Lafayette écrit selon les recommandations de son ami Segrais, une nouvelle historique. La nouvelle se prête particulièrement à une écriture classique : son resserrement convient à l’esthétique de la mesure des classiques.

L’ancrage historique de la nouvelle favorise l’authenticité et s’oppose au goût pour l’imagination qui conduit aux erreurs. Les guerres de Religion, les personnages historiques comme le duc d’Anjou, futur Henri III, le duc de Guise, Le Prince et la Princesse de Montpensier, les lieux, Paris, Loches participent de l’élaboration d’ un récit vraisemblable. De plus, Mme de Lafayette cite les faits historiques qui créent des repères temporels dans son récit et justifient sa progression. Par exemple, le départ des personnages. C’est parce que se trame le massacre de la St Barthélémy que le Prince de Montpensier est rappelé à la Cour. Ce qui justifie ensuite qu’il découvre le cadavre de Chabannes sans vie. Ainsi, dl’histoire personnelle des protagonistes est inextricablement liée à l’Histoire collective. Par ailleurs les héros tels Guise ou Anjou participent à l’élaboration de cette histoire collective.

2) Bertrand Tavernier et la « petite » histoire :

D’abord, Tavernier raconte l’histoire du point de vue des personnages, principalement Marie et Chabannes. Par exemple, Marie et Chabannes apprennent des nouvelles des batailles et de la gloire de Guise à l’arrivée du colporteur. De plus, Chabannes meurt en portant secours à une femme enceinte. Il ignore à ce moment-là qu’il vit l’événement historique que l’on appellera par la suite: «nuit de la St Barthélémy ».

De même, Marie ne comprend que partiellement le fonctionnement de la cour. En effet la reine aime l’astrologie comme le savent Marie et Chabannes. Il ne permet cependant pas de comprendre les enjeux politiques. De plus, les personnages ne nomment jamais la bataille de Jarnac . Elle est représentative des guerres de l’époque , de la violence des combats. Philippe y porte secours à Guise qui aussitôt, le provoque en lui demandant des nouvelles de sa femme. Ainsi, si Tavernier se refuse à recourir aux traditionnels plans d’ensemble des films historique, c’est par refus d’appréhender ainsi l’histoire. Il la filme au contraire à hauteur d’homme. Même si le réalisateur justifie certains choix par les contraintes financières, ses choix s’inscrivent surtout dans une démarche esthétique. Il y donne à voir une certaine approche de l’Histoire.

Il convient de préciser que dans La princesse de Clèves, roman qui développera les grands thèmes brièvement évoqués dans La Princesse de Montpensier, est décrite avec précision la cour des Valois.

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Pour aller plus loin après ta lecture de “Princesse de Montpensier et histoire”:

Les lettres dans la princesse de Montpensier

-Les personnages dans la princesse de Montpensier

La préciosité

Le portrait de Mlle de Chartres dans La princesse de Clèves

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