LA PRINCESSE DE MONTPENSIER BARQUE

On voit un photogramme du film La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier où est représentée la scène de la barque.

La Princesse de Montpensier barque est un épisode clé de la nouvelle de Mme de La Fayette mais aussi du film de Bertrand Tavernier.

Introduction la Princesse de Montpensier, épisode de la barque

La Princesse de Montpensier est une nouvelle écrite par Madame de Lafayette et publiée anonymement en 1662. Le récit relate les tourments amoureux de l’héroïne avec plusieurs hommes pendant le règne de Charles IX. Le réalisateur Bertrand Tavernier en a proposé une adaptation cinématographique du même titre en 2010. Les deux œuvres offrent une scène où la princesse rencontre, dans un cadre champêtre, les ducs de Guise et d’Anjou. Mais quelle est l’importance de cet épisode dans l’économie générale de l’oeuvre? Nous montrerons tout d’abord qu’il s’agit d’une scène essentielle dans le texte et dans film, puis nous verrons que cet épisode exprime la question des passions.

  1. Une scène clé dans dans la nouvelle et dans le film

Si la scène de la barque n’est pas centrale dans l’œuvre de Madame de Layette, elle reste très importante pour l’intrigue. Bertrand Tavernier, par le travail d’amplification qu’il produit, la place au centre même du film. C’est donc une scène centrale dans le texte comme dans le film dont il convient d’interroger la portée.

A/Un épisode romanesque

Le récit de la scène de la barque, chez Madame de La Fayette, commence alors que la guerre de religion, qui rythme le texte, est momentanément interrompue. Pendant cette trêve, les hommes sont libres de s’intéresser à d’autres occupations comme la chasse ou l’amour.

Les circonstances de la rencontre entre les ducs d’Anjou et de Guise et la princesse de Montpensier sont assez surprenantes. Les hommes se perdent et s’égarent loin du château de Loches qui doit les accueillir. c’est en effet là où siège une partie de l’armée que commande le duc d’Anjou.

Ils se retrouvent dans un cadre qui évoque le locus amoenus, un lieu idyllique au milieu duquel se trouve une rivière sur laquelle plusieurs femmes se trouvent au sein d’une barque. Cette scène de la nouvelle  apparaît comme invraisemblable, d’où la répétition du terme « aventure » qui jalonne le passage. La fluidité de l’écriture classique et de sa sobriété sont délaissées pour un épisode typique du style précieux proche de la Clélie de Mlle de Scudéry.

De plus, l’aspect extra ordinaire de cette scène est souligné par la remarque de la narratrice lorsqu’elle aperçoit les des deux hommes : « elle leur parut une chose de roman ». En effet, le mot “roman” à l’époque classique renvoie à la fiction et à l’imaginaire en premier lieu.

En outre, une attente est créée par le fait que l’identité de la jeune femme n’est révélée qu’après plusieurs dizaines de lignes.

Ainsi, cette scène s’inscrit dans l’extraordinaire et rejoint l’esthétique de la carte du Tendre et, de fait, de l’esthétique précieuse.

B/ L’adaptation fidèle de Tavernier

Tout d’abord, dans l’économie filmique, cette scène intervient après la scène au cours de laquelle Chabannes assiste au petit matin à l’intimité et à la tendresse qui se sont nouées entre Philippe de Montpensier et sa jeune épouse.

Ensuite, Bertrand Tavernier, dans l’adaptation qu’il a proposée en 2010, est assez respectueux de la narration d’origine. Si l’on suit les chevaliers perdus dans les bois dans un premier temps, la caméra nous propose ensuite, en plan d’ensemble qui montre au spectateur ce que voient le duc de Guise et le duc d’Anjou.

Le cadre champêtre de la scène est souligné par la lumière qui tombe sur l’eau et joue un rôle dans l’effet de miroir. D’ailleurs, selon tout un pan de l’esthétique du XVIème et du XVIIème siècles, l’eau et le miroir renvoient au trouble. Or, c’est bien de trouble amoureux qu’il s’agit dans cet extrait.

En outre, les sons choisis accentuent le bruit de vent dans les branches d’arbres, ce qui renforce également ce cadre naturel.

De plus, la couleur rouge de la robe de Mélanie Thierry se détache vivement des costumes clairs qu’arborent les autres acteurs. De plus, le gros plan  sur la comédienne montre une jeune femme pâle.  Sa beauté transparaît par le contraste entre sa couleur de peau et la robe pourpre qu’elle porte.

Cette scène placée au coeur du film montre toute l’importance que lui accorde le réalisateur dans le sens où elle reprend un épisode de la nouvelle mais aussi dans la mesure où elle trahit l’un des thèmes majeurs: les passions.

2) Les passions

Ainsi, cette scène est l’occasion d’une rencontre inopinée entre le duc de Guise et Marie de Montpensier après trois années sans se voir. Or, les deux jeunse gens ont un passé commun comme l’indique le texte de Mme de La Fayette le duc de Guise était « amoureux et fut aimé [de la princesse] », comme le rapporte la narratrice au début du récit. De plus,  le duc d’Anjou rencontre pour la première fois la princesse.

A/La passion du Duc d’Anjou

On ne présente le duc d’Anjou qu’à l’occasion de cette scène dans le livre comme dans le film.

Les Montpensier se sont mariés trois ans auparavant, la princesse vit  à Champigny, à l’écart des guerres civiles qui ravagent le pays. Quant à son mari il est souvent absent car retenu par les combats.

La beauté de la princesse attire le regard du duc d’Anjou. Il sombre à l’innamoramento  et souhaite devenir l’amant, avant même d’avoir fait connaissance avec elle. C’est pour cela qu’il veut « pousser l’aventure jusqu’au bout » et demande à ce qu’on vienne le chercher avec la barque.

Dans le récit, les deux ducs montent dans la barque. Le duc d’ Anjou accapare la princesse, alors que le duc de Guise reste silencieux. La conversation galante est l’un des moyens de séduction, et le duc d’Anjou y a recours. D’ailleurs la vraisemblance du récit repose sur la bienséance. La réponse hospitalière de la princesse à la demande du duc d’Anjou.

Or, cette rencontre, comme le souligne la narratrice, mène le Duc d’Anjou à souffrir  « du même mal » que Duc de Guise, le prince de Montpensier ou le comte de Chabannes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il demeure à Champigny pendant deux jours, « sans y être obligé que par les charmes de Mme de Montpensier ».

Bertrand Tavernier a sans doute voulu accorder plus d’importance au duc d’Anjou dans son film. Le personnage apparaît pour la première fois quelques minutes auparavant dans une scène de guerre. La jeune femme trouble ainsi un homme puissant qui a bien des reponsabilités. Il  demande immédiatement l’identité de cette personne au duc de Guise.

Le cinéaste souligne la volonté de séduction du duc d’Anjou en le faisant partager seul la barque avec Marie de Montpensier et sa suivante. Guise pour sa part doit contourner la rivière. En entrant dans la barque, le duc utilise une conversation galante. Il prétend lorsqu’il trébuche  que c’est sa vue qui le trouble. Le reste de la traversée est silencieuse. Mais le cinéaste propose des gros plans sur les visages des deux personnages. Il insiste sur l’intensité de la passion dans le regard d’Anjou. En revanche la princesse suit du regard le duc de Guise.

B/La passion du duc de Guise

Cet épisode est également l’occasion des retrouvailles entre de Guise et la princesse. Ils  ne se sont pas vus depuis le mariage de cette dernière avec Montpensier. C’est pourquoi sa vue crée un trouble chez la princesse, qui en rougit, comme le dit la narratrice.

On constate le même trouble chez Marie dans l’adaptation cinématographique. Le montage fait effectivement alterner les regards des deux protagonistes en gros plan, et la musique renforce ce trouble.

Dans la nouvelle, la narratrice évoque les raisons qui ont conduit la princesse sur les lieux. Pendant ce temps son époux est à la chasse. Elle utilise cette même image. La métaphore évoque les sentiments du duc de Guise. Elle indique qu’il est pris dans les filets de la princesse, comme un saumon peut l’être dans les filets du pêcheur. La même métaphore est présente dans le film. Le plan général montre deux barques sur la rivière, l’une avec la princesse. La seconde au deuxième plan, avec des pêcheurs jetant  un filet à l’eau.

Le fait que le duc De Guise doive contourner la rivière, l’éloigne ainsi de Marie. Mais c’est pour mieux la retrouver de l’autre côté de la rive. C’ est un choix du réalisateur. Il rappelle la Carte du Tendre. Malgré les obstacles topographiques le duc  semble prêt à affronter toutes les aventures pour retrouver celle qu’il aime.

Dans le film comme dans la nouvelle, la princesse repousse systématiquement ses appels, par exemple lorsqu’il lui offre son aide pour monter à cheval. Cette attitude correspond à la froideur qu’évoque la narratrice durant la  chevauchée. Elle témoigne ainsi de la « fierté qui l’empêch[ai]t de fonder aucune espérance sur l’inclination qu’elle avait eue pour lui. ». Pourtant cette attitude de la princesse ne suffit pas à dissimuler la passion qui l’anime.

Conclusion 

Cette scène est donc essentielle dans le film comme dans le texte. Elle favorise la rencontre amoureuse et l’éclosion d’une passion violente. Cet épisode apparaît comme un élément déclencheur. Il met un terme à la fidélité de la princesse dans son mariage. Il préfigure également la jalousie de son époux face à la passion que Marie fait naître chez les hommes qui l’entourent.

Si tu as des questions sur cet épisode pose-les en commentaires.

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4 réponses sur “LA PRINCESSE DE MONTPENSIER BARQUE”

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